Laure Moghaizel, une Libanaise d'exception.

LAURE MOGHAIZEL : une Libanaise d’exception engagée pour la défense des droits de la femme.

Beyrouth, capitale du Pays des Cèdres, une des plus anciennes cités du monde, vient d’être dévastée par le souffle de terribles explosions. Tous les médias s’en firent l’écho, relayant les appels aux dons de toute nature pour soigner, soutenir et redonner un toit aux sinistrés. Dans ce pays, le Liban, déjà durement touché par une crise économique sévère doublée d’une crise politique, et depuis peu de la crise sanitaire due à la Covid, la catastrophe du mois d’août dernier a considérablement aggravé les conditions de vie de la population, en particulier celles des femmes encore soumises à de nombreuses discriminations.
Si l’on étudie de plus près l’histoire contemporaine tumultueuse du Liban, mosaïque de 18 communautés religieuses reconnues, si l’on suit son évolution sociologique et politique, on est frappé de voir combien le rôle des femmes y a toujours été déterminant. Elles ont été – et sont encore - au premier rang de tous les combats contre les discriminations. L’une de ces combattantes infatigables, qui pendant 50 ans ne baissa jamais les bras, qui toute sa vie lutta pour les droits civiques, les droits des femmes au Liban et dans le monde arabe, s’appelle Laure MOGHAIZEL (1929 – 1997) : figure féminine déterminée et pragmatique qui a marqué l’Histoire moderne. Licenciée en Droit français de l’université de Lyon, licenciée en Droit libanais de l’université St Joseph, Laure Moghaizel incarne à elle seule la persévérance et la détermination. Femme passionnée s’il en fut, elle s’engagea profondément dans de très nombreuses actions non violentes, la défense des droits de l’Homme, le Vivre Ensemble, quels que soient le sexe et la confession.
A 17 ans déjà elle se faisait la promesse de donner un sens à sa vie, de se battre pour que soient abrogés de la législation libanaise les textes discriminatoires à l’égard des femmes. Durant 50 ans elle fut fidèle à cette promesse, soutenue par son amour pour son mari, Joseph Moghaizel, député puis ministre qu’elle accompagna dans sa lutte pour créer un parti démocratique libanais prônant la laïcité. En 1947 déjà elle organisait des marches pour la paix, des chaînes humaines, des collectes de sang. Dès 1950 elle fut un élément moteur pour la ratification par le Liban de la Convention internationale des Droits de la femme et pour le changement de 10 lois : loi électorale, droit de vote, égalité successorale (1959), liberté de circulation, élimination des sanctions concernant la contraception (1983), capacité de témoignage, possibilité de voyager sans l’accord écrit du mari (1974) etc. En 1980 elle organisa une grande marche du nord au sud du Liban pour réclamer l’arrêt des combats : du jamais vu ! Elle fonda également des centres de consultations juridiques pour les femmes, créa des boutiques du Droit qui assuraient des consultations gratuites. Une femme d’exception, présidente ou vice-présidente de très nombreux conseils internationaux, d’associations pour les Droits de l’Homme, membre de nombreuses commissions, dont la commission nationale de l’Unesco. Une femme d’exception engagée jusqu’à sa mort en 1997 en faveur de la chose publique, dont la réputation a dépassé les frontières du Liban et qui a gagné le respect de nombreuses instances arabes et internationales.
En mars 2019 un hommage lui fut rendu à Beyrouth lors de la journée internationale de la femme. Sa fille, Nada Moghaizel Nasr, termina ainsi son discours :
… – « Sur l’affiche d’une organisation internationale figure une mappemonde avec des empreintes de mains. A l’image de cette ancienne étudiante de chez nous, laissons des empreintes dans les lieux où nous passons. Pour le Pointillisme, ce courant de peinture, les images sont constituées de tout petits points qui tranquillement s’assemblent. Avec ceux des autres, ils dessineront une image. Laissons des empreintes ! « .
Les revendications exprimées à l’époque de Laure Moghaizel sont aujourd’hui cruellement d’actualité ; et sa fille de conclure : … - « Il faut leur dire à tous ces jeunes qui manifestent aujourd’hui pour les mêmes causes qu’hier, que d’autres ont lutté avant eux et que de cette lutte ils sont les héritiers «.